LA GAUCHE MODERNE - FEDERATION DU
CHER
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Le socialisme vit la fin d’un cycle: l’idéologie marxiste s’est effondrée, le monde communiste a disparu, et aujourd’hui la social-démocratie atteint ses limites. Cette grande idée devenue une grande force, source de progrès social et économique pour la plupart des pays européens jusque dans les années 80, et dont l’influence dépassait les frontières de la gauche, a épuisé ses capacités d’innovation et
de création. Sa vision de la transformation sociale n’est plus en phase avec l’évolution du
monde et les attentes des citoyens, ses méthodes et ses moyens ont perdu leur efficacité.
Se dire social démocrate n’a plus grand sens à l’heure où, à gauche, la réflexion porte, même si ce n’est pas toujours avoué, sur la manière d’envisager selon l’expression de Gilles Martinet, une « post social-démocratie ». Sur le fond, l’inspiration sociale démocrate, dans la conception élargie qui pendant près de cinquante ans a irrigué l’essentiel de la pensée et de l’action politique de la gauche européenne, consiste en un certain nombre d’idées et de principes devenus inopérants dans les conditions d’aujourd’hui.
Cette inspiration se caractérise par le recours à des systèmes
sociaux nationaux soumis à une faible contrainte extérieure, nés dans une période de forte
croissance - et qui, confrontés à la baisse des recettes et à l’accroissement des dépenses, rongés par
les déficits, se trouvent désormais démunis et impuissants face à l’aggravation de la précarité et de l’exclusion. Le vieil Etat providence qui se
paupérise face au champ infini des besoins, a perdu en efficacité et en légitimité.
C’est la philosophie de l’assistance qui pouvait trouver une justification quand il fallait élever rapidement le niveau de vie de populations nombreuses et relativement
homogènes, mais qui apparaît aujourd’hui comme un obstacle au développement de l’esprit d’initiative, qui freine le dynamisme dont nos sociétés ont besoin. C’est, sur le plan social, une prise en charge globale et uniforme, qui représente un anti modèle quand s’affirme la nécessité de
sélectivité, d’adaptation aux situations particulières pour répondre aux conditions différenciées ainsi
qu’aux aspirations de plus en plus diversifiées des individus.
L’inspiration sociale-démocrate c’est aussi l’attachement à une égalité formelle, abstraite, alors que c’est l’équité et une solidarité concrète qui permettront de retisser un lien social distendu. C’est également la protection des statuts, des droits acquis, parfois la défense des corporatismes qui représentent autant d’obstacles à la mobilité sociale et aux possibilités de réforme.
C’est, particulièrement en France, une méfiance vis à vis des entreprises et du marché qui se traduit par une limitation des conditions de la compétitivité et de la croissance. C’est la focalisation sur la redistribution des richesses - avec des résultats de moins en
moins significatifs - en voulant ignorer les moyens de produire ces richesses. C’est aussi le choix de
l’augmentation des dépenses publiques et la confiance dans l’interventionnisme d’un Etat, dont l’action se trouve pourtant limitée de toutes parts aujourd’hui et qui devrait au contraire se concentrer sur ses missions essentielles, alléger son fonctionnement pour dégager des marges de manœuvre notamment
sociales.
Sur le plan international, c’était enfin au-delà d’un internationalisme militant, l’absence de l’Europe dans le rapport
de force mondial - le parapluie américain lui ayant permis de ne pas avoir à financer sa propre défense - alors qu’ il lui appartient aujourd’hui de s’affirmer sur la scène internationale, d’être plus présente et plus
active dans le monde.
S’éloignant d’une inspiration devenue avec le temps
conservatrice, délaissant ces orientations qui ne
préparent pas à l’avenir, dans toute l’Europe une autre gauche s’affirme, réaliste dans sa prise en
compte de l’environnement mondial, moderne et progressiste dans sa vision économique et sociale. Une gauche qui veut retrouver l’inspiration première, émancipatrice,
« libérale » et pré marxiste du socialisme, la moderniser en l’adaptant aux conditions du
monde et à l’état de la société d’aujourd’hui. On pourrait parler d’une conception « socialiste libérale » qui animerait les
gauches d’Europe, au premier rang desquelles le « labour » britannique, alors que les
socialistes Français éprouvent la plus grande difficulté
à abandonner les schémas et les modes de pensée traditionnels. Derniers « révolutionnaires », il y a trente ans quand toute l’Europe était sociale démocrate, ils deviennent sociaux démocrates, quand les gauches
européennes s’affirment« sociales libérales ».
Marc d’Héré
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